Planète Rhône

Le journal des vins de la Vallée du Rhône

Musicothérapie vigneronne

« La musique nourrit l’âme et le raisin nourrit l’Homme. Tout ça est un tout »


  • Portrait d'un vigneron passionné

gangloff.jpg« C’est un beau roman, c’est une belle histoire ». Il est descendu dans le Midi, mais s’est arrêté à Vienne. Là, l’attendait son frère, mais aussi Mathilde.

« Je me suis arrêté à Vienne pour voir mon frère, mais j’ai définitivement posé mes valises pour rester avec celle qui allait devenir ma femme », explique Yves Gangloff. Ni lui, l’Alsacien rocker et collectionneur de guitares, ni elle, ne sont issus du monde viticole, et pourtant le domaine Yves et Mathilde Gangloff, à Condrieu, a aujourd’hui toute sa place en Côtes du Rhône septentrionale. Yves, passionné de musique, devient ouvrier viticole pour la Maison Delas au milieu des années quatre-vingt. En 1987, le couple fait le grand saut et s’installe. Aujourd’hui, le domaine fait huit hectares en appellation Côte-Rôtie, Condrieu et Saint-Joseph.

« Je ne suis pas un très bon musicien… il vaut mieux que je fasse du vin ! » lance, un brin rieur le vigneron mélomane. Ses guitares pourtant ne le quittent pas et s’il ne lui est jamais venue l’envie de composer, il reconnaît avoir toujours besoin d’être accompagné de notes de musiques : « Pendant les vinifications, j’écoute en boucle une sélection de CD… Mes cuves sont baptisées, mais pas encore mes cuvées. Il faudrait que j’essaie, tiens, sur les vins de pays ! ».

  • Grape Full Dead

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« Un jour, Mathilde en a eu assez et m’a dit que je devais dépoussiérer mes guitares ». Il reprend des cours et au début des années deux mille, reforme un groupe avec Paul au piano, le mari de Christine Vernay, vigneronne à Condrieu également bien connue des amateurs de l’appellation. Ils sont vite rejoints par Pierre-Jean Villa « qui vient de créer un domaine sur Chavanay », un batteur et un bassiste fermant le quintet. « On s’appelle les Grape Full Dead, en hommage au Grateful Dead. Un petit clin d’œil aux années soixante-dix qui constituent l’essentiel de notre répertoire de reprises », ironise le vigneron amateur des Beatles, des Doors et autres égéries de la génération beatnik.

Ils acquièrent une petite renommée dans le monde viticole, jouant pour des cavistes en quête d’animations pour leurs dégustations. Il faut dire que la voix cassée de Mathilde étonne et touche au cœur, évoquant tour à tour Janis Joplin, Barbara, Piaf, Aznavour ou Nino Ferrer.

  • Music addict

Fin 2011, Mathilde décède et le groupe fait une longue pause. « Nous n’avions plus trop le cœur à jouer sans elle. Mais étonnamment, au fil des mois, l’envie est revenue, d’abord discrète, puis affirmée. On a recommencé, avec de temps en temps, Paul au chant. C’est notre thérapie musicale, c’est notre hommage, nous lui rendons la voix. »

Pendant les vendanges aussi, le groupe met sur « pause ». Ils viennent de recommencer les répétitions en décembre dernier. « Ça commençait à nous démanger sérieusement », reconnaît le vigneron. Ils se retrouvent donc pour leur dose de « fatigue musicale » et préparent leurs prochains concerts, comme le 14 mars prochain à Ampuis pour la clôture de Découverte en Vallée du Rhône www.decouvertes-vins-rhone.com. « Nous avons même été invités à jouer à Paris, boulevard de la Madeleine, à quelques pas de l’Olympia ! Bon, là, on a un peu les chocottes… »

Au final, c’est donc « une bande de vignerons, de potes, qui se retrouvent le soir pour faire de la musique, après une journée d’efforts dans les vignes. Nous cherchons d’abord à nous détendre, être ensemble et surtout ne pas nous prendre au sérieux », reprend Yves Gangloff, ce vigneron qui élève ses millésimes au rythme de Jimmy Hendricks ou Miles Davis.