Planète Rhône

Le journal des vins de la Vallée du Rhône

La deuxième naissance du Carignan

Le cépage secondaire le plus représenté en Vallée du Rhône


Apparu en France au XIIème siècle, le Carignan, originaire d’Espagne, devient rapidement le premier cépage cultivé du pays. Longtemps exploité en plaine dans des terrains étudiés pour le haut rendement, il peine à révéler sa véritable nature, ce qui, au fil des siècles, lui confère une mauvaise image. Pourtant capable d’enfanter de véritables vins de caractère, le Carignan s’épanouit lorsqu’il est âgé et planté sur des terroirs adaptés.

Le Carignan en Vallée du Rhône

On le dit vigoureux, aimant la sécheresse et la chaleur. Le Carignan est aussi connu sous le nom de “bois dur”, en raison de ses rameaux épais et robustes.

Autrefois synonyme de qualité médiocre et de gros rendements, le Carignan a laissé sa place à des cépages plus qualitatifs. Toutefois, il n’a pas tout à fait disparu du paysage de la Vallée du Rhône. Aujourd’hui, grâce aux vignerons qui conservent désormais leurs vieux ceps, et les cultivent sur des coteaux bien exposés aux sols argilo-calcaires, le Carignan regagne ses lettres de noblesse. Françoise Dijon, œnologue et responsable de l’observatoire de la qualité des vins de la Vallée du Rhône, nous explique que “ planté sur des sols d'appellation d'origine, le Carignan donne une belle qualité. Lorsqu’il est vendangé en sur maturité, il offre des tanins nobles qui apportent de la fraîcheur au vin ”.

Un cépage particulier

Raisin de troisième époque (classification désignant une maturation en fin de vendanges), sa maturité tardive est parfaitement adaptée aux particularités du climat méditerranéen : “ Très résistant à la sécheresse, ce cépage a des rendements réguliers même dans des conditions de sols difficiles, secs et peu profonds ”, un atout non négligeable en Vallée du Rhône ! Si le rendement peut atteindre 20hl/ha en plaine, sur le coteau, le rendement du cépage est beaucoup moins élevé. A 50hl/ha, le cépage peut exprimer toutes ses qualités organoleptiques.

Françoise Dijon nous confie que le Carignan a tout de même un point faible : “ sa sensibilité à l'oïdium (maladie fréquente des cultures fruitières) qui nécessite une attention particulière et un traitement au soufre dès l’apparition des premiers signes d’infection au printemps ”.

Ses arômes

Les vins composés de Carignan révèlent des notes épicées, mais aussi des arômes de “ pruneau, de mûre ou de cerise noire ”. Il n’est pas rare de sentir des touches de pain grillé, d’amande ou de cuir après son élevage en fûts de chêne et parfois même de “ bonbon anglais, de violette ou de banane ” !

Le Carignan donne généralement des vins colorés, structurés et tanniques. Cultivé en coteau et dans un climat chaud, il produit des vins charpentés au degré élevé (au-delà de 12%). Il est principalement utilisé pour sa structure et sa robustesse, en assemblage avec du Grenache et du Syrah pour composer notamment les Côtes du Rhône Villages, les vins du Luberon ou du Ventoux ou encore, les Costières de Nîmes.

Longtemps dénigré à cause de son utilisation dans des vins de tables rustiques, le Carignan a aujourd’hui de beaux jours devant lui grâce au travail des vignerons. Leur savoir-faire acquis au fil des siècles lui permet désormais d’exprimer tout son caractère !

Crédits photo: © Christophe Grilhé - Photothèque Inter Rhône